Démographie médicale 2017 : moins de généralistes, plus de spécialistes et un mode d’activité moins dense

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) vient de présenter son Atlas 2017 de la démographie médicale

 

Au 1er janvier 2017, la France comptait 290 974 médecins, chiffre en hausse de 1,8 % par rapport à 2016, et de 15 % sur 10 ans.

Si ce chiffre n’a jamais été aussi important en France, il cache en fait une réalité plus complexe.

D’une part, la hausse enregistrée s’explique par celle du nombre des médecins retraités (qu’ils soient en activité ou pas), qui a bondi de 93,6 % en 10 ans tandis que les actifs n’ont progressé que de 0,9 %. Ainsi, en l’espace de dix ans, le nombre de médecins en activité totale stagne (215 941) alors que la population totale a augmenté, comme le nombre de personnes fragiles et/ou âgées.

Le nombre de médecins généraliste (88 137 en activité régulière) a diminué de 9,1 % en dix ans dans toutes les régions, à l’exception des Pays de la Loire et des DOM. La Bretagne a ainsi perdu 30 % de ses « médecins de famille » en dix ans, suivie par l’Occitanie (-18,3 %) et l’Ile-de-France (-15,5 %). Paris est même le deuxième département affichant la plus forte baisse (-25 %). Un problème alors que les tutelles veulent favoriser les parcours de soins coordonnés par les médecins traitants.

À l’inverse, les spécialistes (84 862) ont vu leurs effectifs augmenter de 7,2 % sur dix ans.

D’autre part, l’exercice de la médecine a changé : la profession se féminise (les femmes représentent 47% des médecins en activité régulière, contre 38% en 2007), le temps partiel se développe et les jeunes générations ne veulent plus travailler 80 heures par semaine. «Si le nombre de médecins semble se maintenir, il y a en réalité une baisse de 10 % de l’activité régulière, qui est une vraie préoccupation», traduit Patrick Bouet, le président du CNOM. Ils sont 197 859 médecins en activité régulière, à plein temps, chiffre en diminution par rapport à il y a 10 ans. Le nombre de médecins retraités actifs a été multiplié par six en l’espace de dix ans, pour s’établir à 16 853, mais ces derniers n’ont pas une activité équivalente à celle de leurs cadets.

Cette hausse cache également de fortes disparités territoriales. Les plus fortes baisses de médecins en activité régulière sont enregistrées dans les départements de la Creuse (-20%), l’Indre (-19%), la Nièvre (-18%) le Cher (-18%), la Haute Marne (-18%), la Yonne (-17%).

En hausse. A contrario, les plus fortes hausses d’effectifs de médecins en activité régulière se rencontrent dans les départements de la Loire-Atlantique (+14%), de la Haute-Savoie (+14%), et de la Savoie (+13%).

«On ne mesure pas d’impact significatif des précédents plans de lutte contre les déserts médicaux. Au contraire, il y a plutôt une prime négative aux départements en difficulté qui s’enfoncent, note Patrick Bouet »

Dernier point remarquable pointé par le CNOM: le nombre de médecins diplômés à l’étranger qui s’installent en France  a augmenté de 90 % en 10 ans, alors que de nombreux étudiants français sont refoulés par le «numerus clausus» en première année de médecine (Paces).

Aujourd’hui, plus d’un médecin sur 10 en exercice (11,8 %) a obtenu son diplôme à l’étranger, avec une prédominance de médecins roumains. « Ce flux de médecins supplémentaire n’a pas réglé le problème des déserts médicaux car ces médecins étrangers n’ont pas plus d’appétence que les autres pour les territoires en difficulté », déplore Patrick Bouet.