Cancer et aliments ultra-transformés sont statistiquement liés

Source caducee .net

Une étude observationnelle menée par des chercheurs français de l’Inserm, de l’Inra et de l’Université Paris 13 établit un lien statistique entre consommation d’aliments ultra-transformés et sur-risque de cancer. Concrètement une augmentation de 10% de la consommation de ces aliments entraine un hausse de 10% de risque cancer en général et de 12% de cancer du sein en particulier. Si le lien de causalité n’est pas établi, c’est un beau et gros pavé qui vient d’être jeté dans la marre de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution.

80 % de l’offre des supermarchés sont des aliments ultra-transformés.

Les aliments ultra-transformés (AUT) sont des produits alimentaires et des boissons issus de l’industrie dont le processus de fabrication comporte plusieurs étapes de transformation et inclut toute une batterie d’additifs qui ne sont habituellement pas utilisés en cuisine mais que l’industrie utilise pour masquer les défauts du produit fini ou imiter les qualités gustatives du produit brut.

Bonbons, gâteaux, biscuits, crèmes glacées, soda, jus de fruit, produits laitiers sucrés, saucisses, poulet et poisson pané et autres plats congelés prêts à consommer, mais aussi chips, soupes en sachets, les snacks emballés, les céréales du petit déjeuner, les barres de céréales, les pizzas, … Selon Anthony Fardet (INRA), pas moins de 80 % de l’offre des supermarchés sont des AUT.

La classification des aliments selon leur degré de transformation, dite classification NOVA, est relativement récente. Anthony Fardet, un chercheur de l’INRA ainsi que des chercheurs brésiliens ont été les premiers à s’y intéresser et à affirmer que plus un aliment est transformé, plus il est néfaste pour la santé. Si leur travaux avaient déjà établi un lien entre consommation d’AUT et surpoids, obésité, diabète de type 2, et hypertension artérielle, aucune étude ne s’était intéressé à un éventuel lien avec le cancer.

 

C’est désormais chose faite avec cette étude publiée dans le British Médical Journal dont l’objet était de suivre entre 2009 et 2017 la consommation alimentaire de près de 105 000 participants ainsi que leur état de santé.

 

10 % d’aliment ultra-transformé en plus entraine un sur-risque de cancer de 10%

L’analyse des données récoltées via un site Internet dédié, a porté sur la consommation de plus 3300 aliments différents par période de 24h consécutives et segmentés selon leur degré de transformation via la classification NOVA.

Pendant l’étude, 2 228 cas de cancer ont pu être diagnostiqués et validés. Il ressort de l’analyse statistique qu’une augmentation de 10% de la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire est liée à une augmentation de plus de 10% de risque de développer un cancer et un cancer du sein en particulier (IC 95% – 1.06 to 1.18).

Si avec 78% de femmes, la population étudiée est loin d’être représentative de la population française, les résultats n’en demeurent pas moins significatifs après prise en compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques, du mode de vie et de la qualité nutritionnelle de l’alimentation.

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces résultats. La moins bonne qualité nutritionnelle des aliments ultra-transformés mais aussi la dégradation au cours de la digestion des additifs alimentaires (nitrites, édulcorants, dioxyde de titane), des substances résultant de la transformation des aliments ou encore des constituants des emballages (bisphénol A) sont pointées du doigt.

Si les résultats de cette étude sont confirmés, et que la causalité est prouvée, des mesures de santé publique pourraient être envisagées », précise Mathilde Touvier au Quotidien du Médecin.

Après l’OMS qui avait classé la consommation de viande transformée comme probablement cancérogène, cette étude jette un nouveau pavé dans la marre de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution. Même si le lien de causalité n’est pas établi, il y a fort à parier qu’il se sera d’ici peu et les industriels seraient bien avisés d’anticiper une évolution des habitudes de consommation sous l’influence d’une meilleure éducation nutritionnelle des populations. Les professionnels de santé auront là tout leur rôle à jouer.Plats industriels