Agnes Buzyn sur Public Sénat : vers une nouvelle tarification des maladies chronique – un DMP enfin déployé – une politique de prévention plus volontaire

Source le quotidien du médecin

| 20.02.2018

 

Tarifer autrement les maladies chroniques

Agnès Buzyn a affirmé lundi vouloir « aller vers une tarification à la qualité et au parcours de soins, y compris en médecine de ville, c’est-à-dire […] ne pas continuer à financer la totalité des actes en ville », notamment pour les soins des maladies chroniques. « Aujourd’hui, nous tarifons des actes, quel que soit leur intérêt pour le malade. Ce qui est utile aux malades, y compris en médecine de ville, ça va être donc des tarifications par parcours où les professionnels de ville ou de l’hôpital vont avoir chacun une part de cette rémunération », a argumenté la ministre de la Santé dans « L’Épreuve de vérité » sur Public Sénat, en partenariat avec l’AFP, « les Échos » et Radio classique.

Est-ce une étape vers la fin du paiement à l’acte chez le médecin généraliste ? Agnès Buzyn s’en est défendu, en rappelant que « le paiement à l’acte est utile pour toutes les consultations aiguës », par exemple « quand vous avez la grippe ».

« Mais chez quelqu’un qui a un diabète, qui va vivre avec son diabète vingt ans, dont on sait que chaque année, il doit avoir x consultations, x examens de sang, une consultation chez un podologue, chez un cardiologue, chez un ophtalmo, on peut imaginer tarifer au parcours, par exemple sur les maladies chroniques », a-t-elle énuméré. « Nous avons prévu de commencer sur les ALD et il n’est évidemment pas question de revenir complètement sur le paiement à l’acte, nous savons à quel point les médecins (y) sont attachés », a-t-elle tranché, alors que des leaders syndicaux ont manifesté leur vive inquiétude à ce sujet, au premier rang desquels le Syndicat des médecins libéraux (SML).

Selon la ministre de la Santé, une telle réforme du financement des soins éviterait des disparités de pratique. « On a quatre fois plus de césariennes dans une région que dans une autre, trois fois plus de retraits des amygdales […] : on se rend bien compte que ces disparités pratiques cachent quelque part des inégalités d’accès aux soins », a-t-elle détaillé.

Le terrain est miné mais Agnès Buzyn a assuré que ces réformes des modes de rémunération « ne se feront pas sans les médecins ». « C’est à eux de déterminer ce qui est un parcours de qualité pour un malade, ça n’est pas à l’administration de choisir comment soigner un diabétique », a-t-elle encore précisé.

 

Le dossier Médical Partagé sera pleinement déployé en 2018

La ministre de la Santé a assuré que le dossier médical partagé (DMP) décollerait enfin cette année après 14 ans d’atermoiements. « Le dossier médical partagé est enfin opérationnel, il y a aujourd’hui plus d’un million de dossiers ouverts dans des régions expérimentales, et il pourrait être totalement déployé d’ici à la fin de l’année 2018 par l’Assurance-maladie », a déclaré la ministre.

La généralisation de cet outil permettra des « économies », en soulignant que « beaucoup d’actes sont refaits entre la ville et l’hôpital, tout simplement parce que le médecin de ville ne récupère pas la radio, le scanner… ».

 

Renforcement de la prévention

Au sujet de ses priorités en matière de prévention de l’alcool, du tabac ou des produits alimentaires ultra-transformés, mis en cause par une récente étude qui les considère cancérogènes, Agnès Buzyn s’est refusée à hiérarchiser les angles d’attaque. « Je pense que la prévention, à tous les âges de la vie, dans tous les milieux et quel que soit l’enjeu, c’est vraiment un pari que nous faisons sur l’avenir, de façon à réduire les dépenses de santé », a expliqué la ministre, estimant que « nous [étions] très bons sur les soins mais très mauvais sur la prévention ».

Source : Lequotidiendumedecin.fr